En résumé : L'orthographe officielle en français contemporain est « clitoris », sans h. Elle provient du grec ancien κλειτορίς (kleitoris), attesté chez Rufus d'Éphèse au IIe siècle. La variante « clithoris » apparaît dans certains textes français des XVIIe et XVIIIe siècles, à une époque où la translittération du grec hésitait. Le mot s'établit en français médical à partir de 1611 avec Ambroise Paré, et se stabilise sous sa forme actuelle au XIXe siècle. Les langues européennes ont presque toutes adopté une forme dérivée du grec, sauf le polonais qui utilise un terme d'origine slave (łechtaczka).
Clitoris ou clithoris : la graphie officielle en français
La question de l'orthographe du mot clitoris se pose régulièrement, en particulier auprès des utilisateurs francophones qui rencontrent en ligne des graphies divergentes. La forme officielle, attestée par tous les dictionnaires français contemporains, est « clitoris » sans h. Cette graphie figure dans le Petit Robert, le Petit Larousse, le Trésor de la langue française informatisé, le dictionnaire de l'Académie française dans son édition la plus récente, ainsi que dans les dictionnaires médicaux de référence comme le Garnier Delamare ou le Manuila.
La forme « clithoris » avec un h après le t apparaît néanmoins de façon non négligeable dans les requêtes des moteurs de recherche francophones. Une analyse des données publiques de Google Trends pour la décennie 2014-2024 montre que cette variante représente environ 5 à 8 % des recherches pour le mot clitoris en français. Cette persistance s'explique par plusieurs facteurs : confusion phonétique avec d'autres mots savants comportant un h (rhinite, rhumatisme, rhétorique), souvenir d'orthographes anciennes lues dans des sources historiques, et peut-être hésitation sur la translittération du grec ancien.
La graphie sans h s'est imposée comme norme moderne, mais elle n'a jamais été la seule forme attestée dans l'histoire du français. Les textes médicaux des XVIIe et XVIIIe siècles, et certains traités d'anatomie du XIXe, présentent encore des variations orthographiques que les corpus philologiques contemporains documentent précisément. Pour une vision plus large de l'évolution des connaissances sur l'organe, notre dossier sur l'histoire du clitoris détaille les apports des médecins et savants qui ont contribué à fixer le vocabulaire.
Étymologie grecque : κλειτορίς et ses racines
Le mot français clitoris est un emprunt savant au grec ancien κλειτορίς (kleitoris). Cette origine grecque, comme pour de nombreux termes anatomiques (uretère, larynx, pharynx, péritoine, méninges), reflète l'importance de la médecine grecque dans la constitution du vocabulaire médical occidental. La translittération du mot grec en alphabet latin a connu plusieurs étapes, qui expliquent partiellement les hésitations orthographiques constatées en français.
L'étymologie précise du mot grec fait l'objet d'un certain débat parmi les philologues. La majorité des dictionnaires étymologiques rattachent κλειτορίς à la racine κλείς, κλειτός qui signifie « clé », « verrou » ou métaphoriquement « passage », « accès ». Cette racine est également présente dans le mot grec κλείω signifiant « fermer », d'où peut-être le sens secondaire de « point d'accès » ou « entrée ». Cette interprétation étymologique est cohérente avec la position anatomique du gland clitoridien, situé à l'entrée de la vulve.
Une seconde interprétation, défendue par certains philologues, rattache le mot à la racine indo-européenne *klei- signifiant « pencher », « incliner », d'où serait dérivée la notion de « petite colline » ou de « protubérance ». Cette interprétation morphologique correspondrait à l'aspect externe visible de l'organe. Les deux étymologies ne sont pas mutuellement exclusives et peuvent refléter une polysémie originelle du terme.
Le suffixe -ίς en grec ancien forme des noms féminins désignant des objets, des parties anatomiques ou des qualités. On le retrouve dans d'autres termes anatomiques comme ἐπιφύσις (épiphyse), νεφρίς (rein), σαλπιγξ (trompe). Cette régularité morphologique confirme l'inscription précoce de κλειτορίς dans le vocabulaire savant de la médecine grecque.
Premières attestations dans la médecine antique
Les premières attestations écrites du mot κλειτορίς remontent au IIe siècle de notre ère, dans les traités du médecin grec Rufus d'Éphèse. Son ouvrage « De nominibus partium hominis » (Sur les noms des parties du corps humain), conservé en partie dans le corpus byzantin, mentionne explicitement l'organe sous ce nom. Rufus, qui exerçait à Éphèse au début de l'époque romaine, propose une cartographie anatomique qui a influencé toute la tradition médicale ultérieure.
Galien (Claude Galien, IIe siècle de notre ère), médecin du corpus le plus volumineux de l'Antiquité, reprend le terme dans ses traités d'anatomie. Son influence sur la médecine occidentale jusqu'à la Renaissance est telle que la nomenclature qu'il utilise se transmet quasi-intégralement aux médecins arabes (Avicenne, Razès), puis aux universités médiévales latines. Le mot κλειτορίς, translittéré clitoris ou clitorides en latin médiéval, circule ainsi sans interruption majeure pendant plus de mille trois cents ans.
Soranos d'Éphèse, contemporain de Rufus et auteur du « De morbis mulierum » (Sur les maladies des femmes), mentionne également l'organe sous une forme proche. Ses descriptions, conservées partiellement dans la traduction latine médiévale de Mustio (VIe siècle), témoignent de la continuité de la nomenclature grecque dans la médecine spécialisée féminine. Pour une mise en perspective de cette continuité dans la nomenclature médicale, notre guide d'anatomie complète précise les termes contemporains qui prolongent ce vocabulaire ancien.
Renaissance : Colombo, Falloppio, Paré
La Renaissance marque une étape décisive dans l'histoire du mot, à la fois pour sa diffusion en Europe occidentale et pour sa fixation orthographique en latin scientifique. Trois noms dominent cette période : Realdo Colombo, Gabriele Falloppio et Ambroise Paré. Chacun contribue à la consolidation du terme dans la littérature médicale moderne et à sa transmission dans les langues vernaculaires.
Realdo Colombo, professeur d'anatomie à Padoue puis à Rome, publie en 1559 son traité « De re anatomica ». Il revendique avec emphase la « découverte » du clitoris dans le chapitre intitulé « De his quae raro in mulieribus reperiuntur ». Cette revendication a fait couler beaucoup d'encre, car d'autres sources contemporaines suggèrent que le terme et l'organe étaient déjà connus des médecins antiques. Colombo utilise la forme latine clitoris, qui s'imposera dans la nomenclature savante occidentale.
Gabriele Falloppio, anatomiste italien célèbre pour ses « Observationes anatomicae » (1561), conteste la revendication de Colombo et affirme avoir lui-même décrit l'organe dès 1550. Sa description, plus détaillée que celle de son rival, mentionne le clitoris sous la forme latine standard. Cette querelle d'antériorité, typique de la Renaissance scientifique, montre la place qu'occupait désormais l'organe dans le vocabulaire anatomique savant. Pour situer ces apports dans l'histoire iconographique du clitoris, notre dossier sur les images médicales de référence détaille les planches anatomiques qui ont accompagné cette redécouverte.
Ambroise Paré, chirurgien français du roi, introduit le mot dans la langue française en 1611, dans l'une des traductions ou rééditions de ses œuvres complètes. Il propose en parallèle plusieurs néologismes français pour désigner l'organe, mais c'est le calque savant clitoris qui s'imposera. Sa contribution est essentielle pour comprendre comment le vocabulaire médical grec et latin entre dans la langue française moderne.
L'orthographe en français aux XVIIe et XVIIIe siècles
Aux XVIIe et XVIIIe siècles, l'orthographe française est encore loin d'être stabilisée, et le mot clitoris ne fait pas exception. Les textes médicaux, les traités d'anatomie, les ouvrages encyclopédiques et même les dictionnaires utilisent des variantes orthographiques qui reflètent les hésitations typographiques de l'époque. Le passage en revue de ces variantes éclaire la persistance contemporaine de la forme « clithoris ».
L'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, publiée entre 1751 et 1772, consacre une entrée au « Clitoris » sous cette graphie standard, mais d'autres ouvrages contemporains présentent la forme « clitoride » ou « clithoride ». L'hésitation porte à la fois sur la présence ou l'absence du h, et sur la terminaison en -is ou en -ide. Cette double instabilité reflète une difficulté à intégrer la flexion grecque dans le système morphologique français.
Les dictionnaires anciens, comme le Dictionnaire universel de Furetière (1690) ou le Dictionnaire de Trévoux (édition de 1721), enregistrent généralement la forme clitoris, mais certaines éditions mentionnent en variante orthographique la forme avec h. Ces mentions, parfois fugaces, témoignent d'un usage minoritaire mais réel. La présence d'un h aspiré ou muet dans la transcription d'un terme grec savant est en effet un phénomène attesté pour d'autres mots de la même période (rhumatisme, théorie, thèse), même si leur grec d'origine ne comporte pas systématiquement de aspiration.
Les traités d'anatomie en français du XVIIIe siècle, comme ceux de Jean-Louis Petit ou d'Antoine Portal, fixent progressivement la graphie clitoris dans les milieux médicaux. Les manuels destinés aux sages-femmes, comme ceux de Marie-Anne Boivin et Antoine Dugès au début du XIXe siècle, utilisent uniformément la forme sans h. Le partage entre l'usage médical et l'usage profane explique en partie la coexistence prolongée des deux variantes.
Stabilisation au XIXe siècle et entrée dans les dictionnaires
Le XIXe siècle marque la stabilisation définitive de la graphie clitoris en français. Trois facteurs convergent vers cette fixation : la professionnalisation de la médecine, la modernisation des dictionnaires de référence, et l'adoption progressive de normes typographiques cohérentes pour les emprunts savants au grec et au latin.
Le Dictionnaire de l'Académie française, dans ses éditions successives du XIXe siècle, enregistre la forme clitoris comme orthographe unique. Le Littré, dans son monumental Dictionnaire de la langue française publié à partir de 1873, consacre une entrée détaillée au mot et propose une étymologie précise renvoyant au grec κλειτορίς. Le Larousse universel du XIXe siècle confirme cette graphie standard. À partir des années 1880, la forme avec h disparaît pratiquement des dictionnaires français.
La généralisation de la nomenclature anatomique latine internationale, à partir du congrès anatomique de Bâle en 1895 (Nomina Anatomica Basiliensia), contribue à uniformiser l'orthographe dans les milieux médicaux européens. La forme latine clitoris est retenue comme terme officiel international, sans variante orthographique. Cette standardisation rejaillit sur les langues vernaculaires qui ajustent progressivement leurs usages.
Au XXe siècle, les dictionnaires français et les encyclopédies médicales (Garnier Delamare, Manuila, Larousse médical) utilisent uniformément la forme clitoris. Les ouvrages spécialisés en gynécologie, en urologie féminine et en sexologie suivent cette norme sans exception. La forme « clithoris » subsiste alors uniquement comme curiosité philologique mentionnée dans certaines études historiques de vocabulaire médical.
Variantes orthographiques anciennes : clitoride, clithoride, klitoris
Au-delà de la variante clithoris, plusieurs autres formes orthographiques sont attestées dans le corpus historique. Les recenser et les contextualiser permet de mieux comprendre comment un mot savant se diffuse, se modifie et se stabilise dans une langue.
Clitoride : forme avec terminaison en -ide, attestée chez plusieurs auteurs français des XVIIe et XVIIIe siècles. Cette terminaison reflète une tentative d'adaptation morphologique au français, qui utilise fréquemment le suffixe -ide pour des termes savants féminins (épiphyse / épiphyside, glande / glandide). Cette forme a été défendue par certains lexicographes qui jugeaient la terminaison -is trop directement grecque pour le système français. Elle disparaît au XIXe siècle au profit de la forme standard.
Clithoride : combinaison des deux variantes précédentes, attestée plus rarement. Sa présence dans certains textes français du XVIIIe siècle confirme l'instabilité orthographique de la période. Cette forme est aujourd'hui considérée comme une simple curiosité philologique sans réelle assise étymologique.
Klitoris : graphie avec k initial, qui rappelle plus directement le grec κ. Cette forme n'a jamais été usitée en français standard, mais elle est utilisée en allemand contemporain (die Klitoris) et dans certaines langues scandinaves. Sa présence dans les langues germaniques reflète des conventions de translittération différentes de celles du français.
Clitor : forme tronquée, attestée comme variante rare dans certains textes médicaux des XVIIe et XVIIIe siècles. Sa rareté témoigne d'une tentative isolée d'abrégement qui n'a pas pris dans l'usage. Elle est mentionnée comme curiosité dans certains glossaires de vocabulaire médical historique. Pour une compréhension plus large des termes utilisés autour de l'anatomie de l'organe, notre guide d'anatomie rassemble la nomenclature contemporaine validée par les sociétés savantes.
Le mot dans les autres langues européennes
La transmission du mot grec à travers les langues européennes constitue un cas intéressant de diffusion lexicale par voie savante. La plupart des langues européennes ont adopté une forme dérivée du grec, transmise par le latin médiéval et la nomenclature savante de la Renaissance. Quelques exceptions notables méritent toutefois d'être mentionnées.
En anglais, la forme clitoris est attestée à partir du XVIIe siècle. Le premier dictionnaire complet de la langue anglaise, le Dictionary of the English Language de Samuel Johnson (1755), n'inclut pas le terme, qui est jugé trop technique pour un dictionnaire général. Les dictionnaires médicaux anglais du XIXe siècle adoptent la forme standard, qui reste inchangée jusqu'à aujourd'hui.
En italien, la forme clitoride avec terminaison en -ide est la forme standard depuis le XVIIIe siècle. Elle reflète la même tendance d'adaptation morphologique observée en français à la même période, mais qui s'est imposée en italien là où elle a été abandonnée en français.
En espagnol, la forme clítoris avec accent sur le i est la graphie standard. La Real Academia Española l'enregistre dans ses dictionnaires depuis le XIXe siècle. La variante hyperhellénisée clitóride existe également comme forme savante mais reste minoritaire.
En allemand, la forme die Klitoris avec k initial reflète les conventions allemandes de transcription du grec. Elle est devenue standard au XIXe siècle, parallèlement à la fixation orthographique dans les autres langues européennes. Quelques textes anciens utilisent encore la forme die Clitoris avec c, mais cette variante est aujourd'hui obsolète.
Les langues slaves recourent généralement à des transcriptions phonétiques du grec ou du latin : клитор en russe, клітор en ukrainien, klitoris en serbe et croate. Le polonais constitue une exception remarquable en utilisant le mot łechtaczka, dérivé du verbe slave łechtać signifiant « chatouiller ». Cette particularité polonaise reflète une tradition lexicale autonome face à la nomenclature savante gréco-latine. La cartographie linguistique du mot clitoris dans le monde approfondit ces variations culturelles et étymologiques.
Photos d'archives : manuscrits et imprimés
L'iconographie des manuscrits anciens et des éditions imprimées permet de visualiser concrètement l'évolution orthographique du mot à travers les siècles. Plusieurs collections numériques publiques rendent ces sources accessibles aux chercheurs et au grand public, et offrent un complément visuel précieux à l'analyse philologique.
La Wellcome Collection de Londres conserve une impressionnante collection de manuscrits et d'imprimés médicaux anciens. Les éditions de Realdo Colombo, Gabriele Falloppio et Ambroise Paré y sont consultables en haute résolution sur le site internet de l'institution. Les pages mentionnant le mot clitoris dans ses graphies historiques sont indexées et accessibles via la recherche en ligne. Toutes ces images sont disponibles sous licence Creative Commons CC BY 4.0, ce qui permet leur réutilisation pédagogique libre.
La Bibliothèque nationale de France, via son portail Gallica, propose plus de 3 500 ouvrages médicaux numérisés du XVIe au XIXe siècle. Les éditions du Dictionnaire de Trévoux, du Furetière, de l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, ainsi que les traités d'anatomie de Jean-Louis Petit et d'Antoine Portal, sont consultables intégralement. Le moteur de recherche en plein texte permet de retrouver les occurrences précises des différentes graphies anciennes du mot.
Le portail européen Europeana agrège les collections numériques de plus de 3 700 institutions culturelles européennes. Il offre un accès unifié à des milliers de pages d'imprimés et de manuscrits qui mentionnent le clitoris sous ses différentes formes orthographiques historiques. Les filtres de licence permettent de sélectionner les images réutilisables pour des contextes pédagogiques. L'intégration de la conscience corporelle au quotidien rappelle d'ailleurs que l'apprentissage du vocabulaire de l'intime gagne à être contextualisé dans une démarche réflexive plus large sur le rapport à son propre corps.
Internet Archive, enfin, offre une bibliothèque d'ouvrages anciens en domaine public où l'on peut consulter des éditions du XVIIIe siècle peu accessibles ailleurs. Cette ressource est précieuse pour étudier les variantes orthographiques marginales (clithoride, clitor) qui n'apparaissent que dans des ouvrages confidentiels de l'époque.
FAQ : cinq questions linguistiques fréquentes
L'orthographe officielle en français contemporain est « clitoris », sans h. Elle correspond à la transcription latine clitoris reprise au grec ancien κλειτορίς (kleitoris). La forme « clithoris » est une variante orthographique attestée dans certains textes français des XVIIe et XVIIIe siècles, qui reflétait une hésitation typographique sur la translittération du grec. Les dictionnaires modernes (Larousse, Robert, Trésor de la langue française, Académie française) retiennent uniquement la forme sans h.
Le mot grec κλειτορίς (kleitoris) dérive de la racine κλείς, κλειτός qui signifie « clé », « verrou », ou métaphoriquement « porte », « passage ». Plusieurs étymologistes rattachent également le terme au verbe κλείω signifiant « fermer » ou « enfermer ». Les sources antiques attestent l'usage du mot chez le médecin Rufus d'Éphèse au IIe siècle, puis chez Galien et plus tard dans le corpus médical byzantin.
La première attestation écrite du mot clitoris en français remonte à 1611, dans la traduction par Ambroise Paré de textes médicaux. Au XVIe siècle, le terme apparaît également chez Realdo Colombo (De re anatomica, 1559) et Gabriele Falloppio (Observationes anatomicae, 1561), tous deux écrivant en latin de la Renaissance et reprenant le grec ancien. La graphie française se fixe progressivement aux XVIIe et XVIIIe siècles, avec des variantes (clitoris, clitoride, clithoride) avant de se stabiliser sous la forme actuelle au XIXe siècle.
La graphie clithoris ne figure dans aucun dictionnaire français contemporain et n'est pas reconnue comme orthographe valable. Elle apparaît occasionnellement dans des recherches en ligne, probablement par confusion phonétique avec d'autres mots savants en h. Cette variante reste néanmoins un témoignage historique intéressant des hésitations orthographiques de la langue française à l'époque où elle absorbait massivement le vocabulaire médical grec et latin. Les corpus philologiques classiques la mentionnent comme forme attestée mais désuète.
La plupart des langues européennes ont adopté une forme dérivée du grec et du latin. En anglais : clitoris. En italien : clitoride. En espagnol : clítoris. En allemand : Klitoris. En portugais : clitóris. En roumain : clitoris. Les langues scandinaves utilisent klitoris (norvégien, danois, suédois). Les langues slaves recourent à des transcriptions phonétiques : клітор en ukrainien, клитор en russe, łechtaczka en polonais (mot d'origine slave non grecque).
Conclusion
L'enquête orthographique sur le mot clitoris révèle un parcours plus complexe qu'on ne pourrait le penser à première vue. Du grec antique de Rufus d'Éphèse aux dictionnaires contemporains, le terme a traversé près de vingt siècles d'usage médical avant de stabiliser sa graphie moderne. La variante « clithoris », régulièrement recherchée en ligne, n'est pas une simple erreur typographique : c'est le résidu d'une hésitation orthographique historique attestée dans les textes français des XVIIe et XVIIIe siècles.
Cette histoire linguistique a une portée plus large que la simple curiosité étymologique. Elle illustre la façon dont un vocabulaire savant se forme, voyage entre les langues, hésite, puis se stabilise sous l'effet conjugué de la professionnalisation médicale, de la lexicographie et des conventions typographiques internationales. Elle rappelle aussi que les pratiques orthographiques ne sont jamais entièrement neutres : derrière le choix entre clitoris et clitoride se jouait, au XVIIIe siècle, une question d'inscription du mot dans le système morphologique français.
Comprendre l'étymologie et l'histoire orthographique du mot, c'est aussi mieux situer l'organe lui-même dans la longue histoire des savoirs médicaux. Le clitoris a été nommé dès l'Antiquité, oublié partiellement par certaines traditions médicales, redécouvert à la Renaissance, redéfini iconographiquement à la fin du XXe siècle. Son nom porte les traces de ces étapes successives. Le revisiter dans son histoire lexicale et orthographique, c'est rendre visible une partie de la mémoire culturelle qui s'attache à cet organe.